25 janvier 2009
Péninsule de Paria, pour le plaisir
Celui qui prétend "faire le Venezuela", comme l'on ferait une tarte à la fraise, n'a rien compris au voyage. On ne fait pas un pays, on le parcoure, on en découvre quelques parcelles, quelques mystères, on éveille nos sens, on se laisse porter par la magie, par l'inconnu. Toujours en quête de compréhension, le Venezuela ne se livre pas facilement. Multiple, varié, sauvage, ce pays est une merveille, il n'a pas finit de nous livrer ses secrets.
La Peninsula de Paria, à la pointe Est, face à Trinite et Tobago à l'Est et à l'île de Margarita au Nord, est un site exceptionnel. Bien sûr, les plages sont magnifiques, quoique...
Rio Caribe, un nom qui fait rêver, un village de pêcheurs, mais loin des clichés, une plage souillée, remplie de détritus, ce qui n'empêche pas les jeunes de jouer au base-ball... Ici, comme dans nombres de villages côtiers, le traitement des déchets, des eaux usées n'existent pas, et la mer sert de vaste décharge. Personne ne semble s'en étonner, personne ne semble en être gêné. Peut-être que les priorités sont ailleurs... Seuls les touristes étrangers font grise mine. Heureusement, les plages de rêve ne sont pas loin et sur l'une d'entre elle, la carte postale tant espérée, est respectée. On a beau aimer le voyage sac à dos et le rhum frelaté, le beau c'est toujours appréciable.
La ferveur religieuse, à Rio Caribe, comme dans tout le pays se confond avec la révolution. Pour les révolutionnaires vénézuéliens la religion n'est pas l'opium du peuple...
Ah, les belles américaines...
Playa Medina, celle de la couverture du guide du petit futé, une plage faite pour les touristes. Des palmiers, cocotiers, des habitations qui se fondent dans le paysage. Pas un détritus, pas de musique à tue-tête, le calme, le flux et reflux des vagues qui viennent mourir tranquillement sur la plage. Une pelouse naturelle d'herbe verte dans la palmeraie. Un vrai paradis. Rien à faire, contemplation, baignade, et sieste dans le hamac...
Plus à l'est, San Juan de las Galdonas, autre site de rêve, plus sauvage, un peu perdu, loin de l'agitation de la ville ou des plages à touristes. San Juan de las Galdonas est le lieu idéal pour méditer en silence, pour poser son sac de soucis, pour imaginer une autre vie. Des plages qui se succèdent dans une nature presque sauvage. On se sent au bout du monde.
24 janvier 2009
Sur la route
Sur la route, le monde nous apparaît, sans que nous le
comprenions pour autant. Des images, des visages fugaces, des paysages lumineux,
la beauté éphémère d’un pays qui n’en finit pas de se renouveler. Le voyage, c’est
l’art de l’inconnu, c’est l’imprévu, l’impossible planification, le mouvement
aléatoire.
Au détour d’une ruelle, un homme rafraichit sa façade,
tranquille, le temps n’a pas de prise sur lui, la fatigue ne le prendra pas non
plus, il a le temps.
Tous les moyens de transport sont bons, et un âne fait bien l’affaire.
Les pick-up sont le meilleur moyen de voyager, bon marché, nombreux,
présents à tout heure du jour… mais pas de la nuit. Mais attention, il faut bien choisir son
chauffeur. Certains, paisibles et bon enfant, vous font voyager tranquillement,
permettant à chacun de profiter du paysage, un peu secoué, mais raisonnablement.
D’autres vivent la route comme une compétition et font vrombir le moteur de
leur véhicule comme s’ils tenaient entre leur main le volant d’une voiture de rallye.
Certes, le Dakar, cette année, est venu jouer en terre latino-américaine, mais tout
de même…
Il est des chauffeurs qui vivent leur métier comme une poésie permanente, comme un chemin sans nuage, comme s'ils avaient l'éternité devant eux... Et puis, quelques verres de rhum pendant le voyage, ça aide à garder le moral. L'homme n'est pas égoïste, et les passagers profitent, à 8 heures du matin, de la liqueur délicieuse.
Si vous avez les oreilles fragiles, il est fortement déconseillé de pratiquer les transports en commun. La musique s'écoute à très haut niveau. Le matériel sono que l'on rencontre dans les bus, mais aussi dans les véhicules personnels vaut largement celui des boites de nuit. Ici, le tunning est élevé au rang de religion. Pauvre touriste qui n'aurait pas ses boules en cire!
23 janvier 2009
Voyage en Oriente...
D’abord, c’est le terminal de bus Oriente, après Petare. Toutes les destinations pour l’Est et le Sud du pays, vers les confins de la Péninsule de Paria, vers l’Orenoque, vers les territoires Pémons et Gran Sabana, vers la frontière du Brésil, vers la zone amazonienne.
Toujours une aventure pour prendre un bus, surtout en pleine saison des vacances de Noël. Au Venezuela, les habitants voyagent et traversent tout le pays pour passer les fêtes de fin d’année en famille. C’est donc la pire période pour se balader dans le pays, car on n’est jamais sûr de pouvoir prendre un bus. L’effervescence devient cacophonie.
Enfin un bus pour Cumaná. Un bus ejecutivo, pas un bus cama qui permet de s’allonger presque entièrement. Confort sommaire, mais visiblement en état de fonctionnement.
Visiblement…
Deux ou trois heures du matin, le bus s’arrête en rase campagne, dans la nuit totale. Pas d’éclairage public, pas de bande d’arrêt d’urgence, une impression de solitude. Que se passe-t-il ? Une courroie a lâché. Réparation sommaire du chauffeur et ça repart. Une heure plus tard, nouvel arrêt. Toujours la nuit, toujours la solitude, et cette sirène qui ne cesse de sonner, indiquant l’ouverture du coffre à l’arrière du véhicule.
Tout à coup un bruit violent, sourd, des cris, la bousculade dans le bus. Une jeune femme apparaît le visage ensanglantée, un homme sort à vive allure prévenir le chauffeur qu’une pierre a été lancée depuis l’extérieur et a brisé la vitre. Certains appellent la police, craignant une attaque de pirates de la route…
Le chauffeur fait ce qu’il peut et redémarre son bus, enclenche la première pour chercher un lieu plus sûr pour effectuer sa réparation.
Finalement, Cumaná apparaît, plus de peur que de mal…
Deux heures plus tard, c’est Araya et son fort, ses salines et la combativité des travailleurs du sel, en grève depuis près de trois mois… mais c’est une autre histoire.
22 janvier 2009
Derniers jours au Venezuela
A l'heure du retour, après presque six mois passés dans ce Venezuela tantôt adoré tantôt honni, les sentiments restent partagés…
Des rencontres, merveilleuses, vivantes, enthousiasmantes, d’autres plus troubles, voire troublantes, un engagement sans cesse en recherche, en mouvement, en questionnement. Un pays complexe, empli de ses contradictions, de ses arrangements, de ses espérances, un pays qui se cherche et un peuple qui oscille entre la frénésie révolutionnaire et l’apathie consumériste. Un Président qui provoque l’euphorie, l’élan, l’espoir et qui inquiète de par sa solitude au pouvoir. Un changement, un bouleversement, une révolution qui s’est mise en marche il y a dix ans et qui est pacifiste. Ici, pas de morts comme à Gaza, ici, pas de prisonniers politiques, ni d’assassinats politiques comme en Russie, ici, pas de journalistes bombardés comme à Bagdad, ici pas de prisons sans jugement comme à Guantanamo, ici, des médias d’opposition qui se font la voix des États-Unis et de l’oligarchie toujours puissante, caricaturant Chavez comme jamais en France le CSA ne l’autoriserait, heureusement !
Venezuela, mon Amour !
Venezuela de toutes les passions, de tous les extrêmes. Los Leones de Caracas qui gagnent et c’est toute la ville, sans discrimination de couleur, de statut social qui explose de joie. Le base-ball, plus qu’un sport, c’est une communion du peuple caraqueño.
Venezuela, mon Amour !
El la salsa, envoutante, tourbillonnante, de Willie Colon, Marc Antony, Hector Lavoe, Oscar de Leon, et du Gran Combo, la salsa qui grise, qui embarque, au bras d’une de ces princesses des caraïbes à la peau satinée et au regard mystérieux.
Quel bilan ? Après tout, faut-il faire un bilan ?
Et puis, il y a l'horizon...
04 janvier 2009
La ticcaticatictactic du gendarme…
Tranquilles ou presque, le nez au
vent, pas encore de mise à cette heure matinale, deux voyageurs joyeux se
présentent fièrement au portique de sortie de la station de métro « la
bandera ». Un voyage prévu pour Mérida, la ville vénézuélienne des Andes.
Mérida la festive, Mérida l’historique. Déjà l’inquiétude est de mise, car en
ces périodes de fête de noël, tous les vénézuéliens voyagent. La population de
Caracas se vide en quelques jours. Les vacances sont ici synonymes de
retrouvailles familiales. Caracas est une ville provinciale, comme Paris, elle
est peuplée pour l’essentiel des habitants issus de tout le pays, de l’Orient,
de l’Occident, des Andes, des Llanos… Caracas a explosé ces 40 dernières
années, comme nombres de capitales des pays en développement. Le mirage de la
capitale et d’une vie meilleure. Conséquence : 70 à 80% de la population
vit dans les barrios.
Quelques 10 minutes de marche
séparent la station de métro du terminal de bus de la « Bandera ». Le
quartier n’est pas sûr, adossé aux barrios, c’est une fourmilière inquiétante
qui s’agite. Une foule grouillante se bouscule en journée. De nuit, il vaut
mieux ne pas s’y aventurer, conseils de vénézuéliens. La foule est une
assurance vie, elle permet de s’y fondre. Mais pour nos deux français, le
contraste est marqué. Le sac à dos est repérable de loin, les visages sont
pâles, le look différent. La démarche est pourtant vive, le pas faussement
assuré, le regard droit, déterminé. A cent mètres du terminal, une
station essence, puis une rampe d’accès piétons permet d’arriver jusqu’à l’entrée
du terminal. La foule est plus dense encore, les chauffeurs de taxis hurlent le
nom des villes, d’autres invitent le voyageurs à remplir un bus qu’on a peine à
imaginer incomplet. Certains proposent des billets vendus au noir, vingt
pourcent plus cher. D’autres, des boissons, des cigarettes, des appels
téléphoniques à prix réduits… La société du travail informel se retrouve ici,
car ici, c’est le lieu des arrivées et des départs, c’est le lieu de la
fragilité et des bonnes affaires…
Bonnes affaires…
De loin, un regard shoote celui
de nos deux voyageurs. De loin, l’évidence, merde ! De loin, la cible est
repéré, les lapins sont dans la lunette des chasseurs, le gibier est là.
Inutile de fuir, les issues sont bouchées. La police métropolitaine de
Caracas veille. Les deux touristes sont arrêtés, pour un contrôle d’identité de
routine. Les visages se figent, les regards se font plus durs. Une main sur le
révolver, l’autre pointant du doigt le voyageur suspect. Qu’y-a-t-il ?
Qu’ont-ils fait ? Français et déjà suspects. Étrange sensation ; se sentir
suspect, sans avoir rien fait. Et le parallèle se fait bien vite avec les beurs
de nos quartiers. Suspects par nature, pour faciès non-conformes.
Quatre hommes
et une femme. Tous, armes au poing et gilet pare-balles. Le fourgon est adossé
au mur, à peine l’espace pour se faufiler à l’intérieur, sans visibilité pour les
passants. Celui qui semble être le chef
invite fermement le garçon à pénétrer dans le fourgon. Pourquoi ? Les
papiers ne sont-il pas en règles ? Pas de réponse, la main se crispe plus
visiblement sur la crosse du révolver, la tension se fait plus prégnante. La
petite française commence à s’inquiéter, à prendre peur. Une semaine dans ce
pays et la crainte est de plus en plus présente. On ne s’habitue pas à ce
sentiment d’insécurité en quelques jours. S’y habitue-t-on d’ailleurs ?
« Monte,
monte ! ». Le garçon monte, la fille reste avec la gendarmette (même
si les gendarmes n’existent pas au Venezuela, c’est tellement plus amusant de les
imaginer en gendarmes de Saint-Tropez !).
Les poches sont vidées, la
ceinture, qui sert de cachette pour les liasses de billets, vite découverte.
Toujours la main sur le révolver, les deux policiers se montrent plus fermes,
plus menaçants. Des allusions à la drogue sont adressés au français, qui sourit
nerveusement et nie toute consommation de substance illicite. Un des policiers
ordonne de se déshabiller. Interrogation. Le policier sort son révolver et le
pointe sur les côtes du français, qui vient à cet instant de perdre son sourire
de circonstance. La petite française ne voit pas la scène, attend nerveusement
en grillant une cigarette, celle du condamné, à l’évidence. Le révolver appui
plus fortement sur les côtes de garçon, le pantalon tombe. Ce n’est pas
suffisant, toujours plus menaçant le policier insiste pour que le slip soit lui
aussi descendu. Humiliation, provocation, stratégie peut-être. A cet instant, la française,
inquiète et apeurée, a passé sa tête par l’entrebâillement de la porte et vu
deux fesses blanches. La policière l’a vite rappelé à l’ordre. Quelques
secondes. Le révolver est remis dans son étui. Les sourires des policiers
indiquent la fin de la fouille au corps. Il faut tout ranger désormais, les
affaires sortis du sac, remettre la ceinture et le pantalon. Puis, c’est au
tour de la fille d’être plus sommairement fouillée. Heureusement, la fliquette
ne la déshabille pas. Rien d’illicite. Les deux français quittent le fourgon et
sur des encouragements au bon voyage, gagnent le terminal de bus. Plus de
frayeur que de mal. Juste l’équivalent de 150 euros volés pendant cette
« vérification » par la police de Caracas. Bien sur, nos deux
voyageurs ne s’en rendent compte que plus tard, les policiers avaient pris soin
de ne pas tout prendre, juste la moitié… Belle attention !
La Tactique Du Gendarme
envoyé par pierre1915


































