PConferencia Internacional de Economía Política : Respuestas del Sur a la Crisis Económica Mundial (8-11 octobre 2008)

Cette semaine, au CIM (Centre International Miranda), j’ai pu assister, comme simple auditeur, mais attentif et studieux, à une conférence d’économie politique des plus enrichissante. Alors que la crise économique et financière occupe tous les esprits dans les pays riches, comme dans les pays pauvres, ici, à Caracas, nous parlions et analysions en direct cette même crise. Chaque heure, des informations sortaient, rendant plus inquiétant que jamais le contexte présent. Chaque heure, des déclarations des États, des responsables de banques, des bourses. Chaque heure, des chiffres qui tombent, toutes les bourses qui s’écroulent, le dollar qui redevient monnaie refuge alors que la crise vient précisément des États-Unis. Chaque heure, des incohérences rendues publiques et analysées par les économistes du congrès.
Semaine folle, incroyable. Semaine de fraîcheur, d’inquiétude, d’excitation. Semaine où l’Histoire s’écrit au présent. Oui, n’ayons pas peur des superlatifs, cette conférence internationale d’économie politique, inscrite dans la conjoncture de la crise économique et financière mondiale, avait quelque chose de prémonitoire et de prospectif.
Prémonitoire, car l’invitation de plus de trente conférenciers internationaux, tous économistes de renom, reconnus pour leurs travaux, économistes, bien sûr venant de la gauche – après tout, le concert de louanges du capitalisme ne cesse depuis près d’un demi siècle – alors, une fois n’est pas coutume, il fallait considérer l’autre approche. Une telle conférence se prépare à l’avance, et il y a trois ou quatre mois, le CIM  ne pouvait imaginer l’ampleur de la crise d’aujourd’hui, même si les signes de celles-ci existent depuis de nombreuses années.
Prospectif aussi, car au-delà des analyses du système capitaliste et de ses logiques néo-libérales et impérialistes, les éminents spécialistes ont présenté des alternatives, des réponses, réponses de nature économiques bien sur, mais d’abord et avant tout politiques. Longtemps, dans les salons feutrés des ministères, des hémicycles, ou des bureaux des multinationales, l’économie n’était envisagée que comme une science, presque exacte, où la main invisible du marché faisait son œuvre, le politique n’ayant rien à faire dans cette affaire. Les médias s’en sont fait l’écho, arrivant même à faire passer « libéralisme » comme un synonyme de liberté, laissant croire aux électeurs incrédules que Sarkozy allait leur donner plus de pouvoir d’achat…

Mercredi matin, premier jour de la conférence, dans l’école de la planification. L’introduction se fait par deux poids lourds de l’économie, Eric Toussaint (Belge) et Claudio Katz (Argentin), à mon sens les meilleurs, puis le Ministre de l’économie équatorien, Pedro Páez Pérez, puis le Ministre de la Planification et du développement du Venezuela, Haïman El Traoudi, l’oreille de Chávez. Et puis, pendant l’allocution d’Haïman, on sent une agitation, le Ministre s’interrompt à plusieurs reprises pour répondre à son téléphone portable - mal poli à l’évidence - d’autant que toute la conférence est retransmise en direct sur plusieurs chaines de télévision. Des militaires arrivent, se postent à divers endroits du site, des hommes en cravates et avec des mallettes étranges observent avec un air sévère toutes l’assemblée réunie dans ce grand amphithéâtre. Que se passent-ils, Bush attaque, lance son armée contre son plus dangereux ennemi ? Les gens se regardent, tournent la tête d’un côté, de l’autre. Chacun s’interroge et semble perplexe.


Respuestas del Sur cierre
envoyé par Radioaporrea

Haïman reprend le micro et annonce la visite impromptue et rapide du Président. Applaudissements, Hourra, la foule en délire. Et quelques minutes plus tard, Chávez « en vivo » avec son treillis vert et son tee-shirt rouge-révolution prend la parole, pour une intervention improvisée de… 3 heures. OUI, 3 heures d’explications politiques et économiques sur la crise financière et d’expliquer que les réserves de l’État vénézuélien, qui étaient, comme toutes les réserves des pays d’Amérique Latine, dans les caisses des banques nord américaines, ont été rapatriées depuis quelques années au Venezuela. Et de nous raconter, anecdote à l’appui, comment Fidel, son ami, lui a donné les clés pour rapatrier l’argent du pays. C’est donc grâce à Castro que l’argent du Venezuela est à l’abri de l’effondrement financier. Je n’avais jamais vu Chávez en vrai. Merde alors, ce type a un charisme à hérisser le poil de n’importe quel imberbe. Il est très fort, et connaît vraiment bien ses sujets.
Jusqu’à samedi fin d’après-midi, les économistes se sont succédés en présentant un bilan dramatique du capitalisme et en proposant des alternatives. Toutes ont tourné autour du socialisme du XXIème siècle, se substituant au capitalisme, même celui prôné par la social-démocratie européenne (le PS français, par exemple) qui vise la réforme et non la rupture. La crise actuelle, telle est une des conclusions, est une crise structurelle et non conjoncturelle. Samir Amin (Egypte) a dressé un bilan des plus dramatiques, prévoyant un avenir de guerres, car les USA sont déjà dans cette logique, une logique de survie de leur civilisation, laquelle est à l’agonie. Il propose même, dans le principe de l’équilibre des forces, que les pays du Sud se dotent de l’arme nucléaire. Évidemment, là, certains s’y sont opposés, moi aussi (même si je n’avais pas la parole).
Cette conférence s’est donc achevée samedi très tard pour un groupe d’économistes qui avait en charge de transmettre à Chávez les conclusions, et les alternatives. J’ai eu le sentiment de vivre l’Histoire en direct. Peut être, comme pour la conférence de Bandung, en 1955, des pays non alignés, assistons-nous à une réelle révolution. Et cette déclaration pourrait s’appeler « la déclaration de Caracas ». Suite à cela, Chávez devrait rencontrer l’ensemble des Présidents Latino-américain, pour discuter et éventuellement signer cette déclaration. Je vous le dis, même si en Europe on n’en parle pas, cette déclaration est une bombe…
Vivre l’Histoire, c’est un peu y être.
Pour avoir l’intégralité du texte, il faut aller sur le site d’aporrea :
Declaración Final. Conferencia Internacional de Economía Política: Respuestas del Sur a la Crisis Económica Mundial
http://www.aporrea.org/internacionales/n122156.html