Jamais la porte ne s’était tant ouverte. Jamais l’opportunité de réaliser une révolution du peuple n’était aussi proche. Non pas que toutes les conditions soient réunies. Non, seulement une conjonction de multiples facteurs, comme au niveau astrologique, et l'on se prend à rêver les choses en grands. Illusions, utopies, encore une fois ? Pourquoi pas ? Après tout, rien ne s’est jamais fait sans utopie. Les plus grands chercheurs, découvreurs, ambassadeurs de l’humanité sont tous partis sur la base de leurs utopies. Mais attention, utopie ne rime pas forcément avec impossible. Je le dis, il y a des conjonctions rares qu’il ne faut pas rater.

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En ces temps mondiaux incertains, en ces moments de crises financières qui cachent mal la crise plus profonde d’un système capitaliste qui s’essouffle, dans cette histoire immédiate qui galope bon train, c’est au Venezuela qu’il faut être. Oui, dans le Venezuela de Chavez. Aujourd’hui! Dans ce pays coloré à plus d’un titre où l’effervescence est d’abord dans les barrios, dans ces bidonvilles accrochés à leur colline, dans ces maisons de briques nues, de béton vieilli, dans ces callejons où on risque de se faire occire, dans ces maisons où l’eau est rare, où les ordures jonchent le parvis des habitations, où parfois un « comedor popular » rappelle que la faim n’est pas un vain mot.

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C’est d’abord dans ces quartiers qui effraient au premier abord, que la révolution se poursuit chaque jour. Parce qu’elle est une nécessité vitale pour cette masse de population jusque là abandonnée par un Etat recroquevillé sur les intérêts de se petite oligarchie. Ah , vous trouvez que j’exagère. Et qu’en pensent les habitants des cités françaises, des banlieues et des quartiers populaires. Étrangement, quand on discute avec les habitants de Sarria, barrio du Nord de Caracas, ou avec ceux de la Vega au Sud, on sent comme des proximités de point de vue, ce sentiment de l’abandon des puissants. Mais ici, ce qui force l’admiration, c’est l’énergie avec laquelle chacun se prend en main pour faire, pour agir, pour installer ici une radio, là un cours d’alphabétisation, ailleurs un « comedor » pour les plus pauvres. Ici, la solidarité n’est pas un vain mot. Bon, ok, il n’y a pas trop de chichi, de « vous en reprendriez bien un peu svp », non ici, c’est direct, si t’as faim, tu demandes et on te donne, voilà tout.

 

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Hier, je suis allé visiter une radio, plus exactement un média communautaire, comme ils aiment que l’on dise. Ça m’a rappelé les radios associatives de nos quartiers, vous savez celles qui vont bientôt disparaître en France grâce à Sarkozy et sa stupide loi de suppression de la publicité sur les télés et radios publiques. Et bien, en faisant court, ça impacte directement sur les radios associatives, qui représentent "juste" 25% des radios françaises. Ben oui, la parole libre et non commerciale, c’est fini chez nous. Mais par contre, au Venezuela, ça explose. Pendant tant d’années, les radios libres se planquaient pour émettre, se faisaient régulièrement démolir par les autorités de l’oligarchie (j’aime bien ce mot, ça fait savant, et à vrai dire, j’en connais pas d’aussi juste en la matière).

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Je suis allé dans le barrio Sarria, tout en haut, juste avant d’arriver sur l’autoroute qui borde l’Avila, la montagne verte et régénérescente de Caracas. Sur les hauteurs du quartiers, Carlos Lugo, Directeur de Radio Negro Primero, et son bras droit Concho, ont fabriqué depuis 2002 cette radio communautaire où la parole appartient au peuple, où chacun peut intervenir et dire ce qu’il pense de la politique de Chavez (et les critiques sont sévères), sur les hommes politiques de droite et sur cette opposition belliqueuse, raciste et un tantinet fasciste, sur la meilleure manière de faire les « arepas », le « pollo a la brasa », sur le match de baseball de l’équipe locale, sur le nouveau groupe de musique du quartier qui se produit bientôt, sur les difficultés sociales, sur la coupure d’électricité de la veille, sur Pablo Neruda, ou sur Miranda… Bref, la parole « en vivo », en direct, car ici tout est en direct, sauf bien sur les interviews. J’ai même participé à un programme, pendant une heure et parlé justement des médias en France.

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Radio negro Primero n’est pas qu’une radio, c’est aussi un journal papier disponible dans tous le quartier, un programme vidéo visible sur internet, une page web qui n’a rien à envier à nos médias français, c’est une information fabriquée par les gens de cette radio et pas une compilation des agences de presses internationales. Ici, il n’y a pas de « circulation circulaire de l’information », comme le disait Bourdieu. Ici, l’information est toujours de première main. Et pourtant, pas un de ces doux rêveurs n’a eu une formation dans une prestigieuse école de journalisme. Et allez savoir pourquoi, ça se sent.

 

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http://www.radionegroprimero.org.ve/